Je
vous propose la réflexion suivante : Fin de l’automobile + fin de
l’hypermarché = fin de la société de consommation Le raccourci est
brutal, mais par où que l’on prenne cette équation, on retombe sur la
même conclusion.
1. Il y a plus de 40 ans …
Il y a plus de 40 ans, en
1963, Carrefour ouvrait son premier hypermarché à
Sainte-Geneviève-des-Bois. 2500m² de surface de vente avec parking.
Parking ! Oui ! Et c’était bien là l’une des innovations les plus
fortes : prendre sa voiture pour faire ses achats, prendre un chariot à
roulettes pour circuler dans le magasin et ainsi acheter plus et
remplir le coffre de sa voiture et ne pas rentrer chez soi avec ses
courses à bout de bras … L’automobile a été un accélérateur de
l’hypermarché et le développement de l’hypermarché a consacré la
voiture comme signal de la consommation. Distribution de masse pour une
consommation de masse pour une circulation de masse. Ce schéma vaut
jusqu’aujourd’hui.
2. Il y a plus de 40 jours …
Ce délai est bien sûr
arbitraire, mais que vient-il de se passer ces dernières semaines ?
Pour l’automobile, c’est l’aveu d’une fin d’époque. Les ventes
s’effondrent par inadaptation des produits en vente par rapport aux
besoins des utilisateurs. Ne parlons pas du Japon où l’automobile est
passée de mode, de la Suisse où ne plus avoir de voiture devient une
règle de vie pour plus de 20% des habitants. Aux Etats-Unis, le Sénat a
refusé – avant d’avoir été contredit par l’Administration - de sauver
les Big Three – General Motors, Ford, Chrysler – d’insuffler des
milliards de dollars dans une industrie qui fabrique des produits dont
les consommateurs ne veulent plus. En France, le bonus-malus et la
prime à la casse sauvent la fabrication de petites voitures de Peugeot,
Renault et Citroën en Europe de l’Est et en Turquie (ces états
devraient nous remercier !) mais pas les ventes – et donc la
fabrication - de voitures moyennes fabriquées en France, alors l’Etat
met l’industrie automobile sous perfusion. La baisse momentanée du
pétrole et ces perfusions ne font que retarder ce qui est la fin de
l’automobile fonctionnant à énergie fossile. Pour l’hypermarché, c’est
aussi la fin d’une époque. Plus le temps passe, et plus les hyper
français augmentent leur chiffre d’affaires en diminuant leur résultat
d’exploitation. La distribution de masse ne satisfait pas une
consommation individualisée, le foyer de 3.3 personnes consomme moins
qu’un foyer de 2.3 personne, la concurrence s’est spécialisée dans
chaque métier pour répondre à un consommateur de plus en plus exigeant.
La LME, en réduisant les délais de paiement, va porter le coup de grâce
à des acteurs économiques qui vivent de placement d’argent et non pas
de leur métier de vendeur. Les rotations des hypermarchés sont deux à
quatre fois plus lentes que celles de Tesco en Angleterre. L’hyper est
une machine lourde sans souplesse qui devrait accepter de baisser son
chiffre d’affaires en diminuant ses références pour relancer la machine
au risque d’aller dans le mur … D’ailleurs, Carrefour a osé le premier
de parler de diminuer certains hypermarchés de 6000 m² au moins !
Auchan et Cora le préparent-ils en toute discrétion ? Les hypermarchés
n peuvent pas demander d’aides de l’Etat : ils n’auront pas de
perfusion ! A eux d’être leur propre chirurgien … et vite.
3. Donc
curieusement …
Donc curieusement, la fin de l’automobile correspond à
la fin de l’hypermarché. La fin de la voiture de masse correspond à la
fin de la consommation de masse. En raccourci brutal, c’est la fin de
la société de consommation. La prospective donnait encore 10 ou 15 ans
de réflexions. Eh bien non ! Il faut faire vite. Car ce raccourci n’est
pas si brutal qu’il en a l’air : la consommation de pétrole baisse, le
pouvoir d’achat baisse et le consommateur doit vivre aussi bien avec
moins de revenus, l’automobile et l’hypermarché ne sont plus au centre
des passions des consommateurs mais au centre des contraintes, les
déchets ménagers baissent montrant un intérêt des consommateur pour «
le développement durable », le moins consommer, etc. Nous entrons dans
la troisième révolution énergétique : La première révolution
énergétique fut la traction animale. Le harnais est apparu au XIème
siècle et a solutionné nos principales crises alimentaires européennes.
La seconde révolution énergétique fut la machine à vapeur au XVIIIème
siècle, à énergie fossile, dont nous savons aujourd’hui qu’elle touche
à sa fin par manque d’énergie fossile et par pollution par cette même
énergie fossile. La troisième révolution énergétique est en marche :
seule l’énergie durable – éolien, solaire, mouvement des eaux – peut
sauver le Monde (en fait la présence de l’Homme sur Terre ...). Et
comme cette production sera moindre que celle d’énergie fossile, il
faudra économise l’énergie. 4. Alors qu’attendre de la crise actuelle …
Alors qu’attendre de la crise actuelle ? Une crise est une formidable
période de créativité. De la dernière, 1991-1993, est née la plus
formidable machine à cash d’aujourd’hui, Google, qui en 10 ans à peine
est devenue l’une des société les plus créative du monde qui a distancé
tous ses prédécesseurs des NTIC, des nouvelles technologies de
l’information. En ce moment, le Google de demain est en cours de
gestation dans de multiples domaines. C’est peut-être celui qui
remplacera l’automobile, ou celui qui remplacera l’hypermarché. Et
comme Google, il ne viendra ni de l’automobile, ni de l’hypermarché, ou
plutôt, il se développera dans une culture différente de l’automobile
ou de l’hypermarché. Car dans le fond, quel est le métier de Google ? :
faciliter la vie sur la toile. Je laisse aux fabricants de voitures,
aux « fabricants » d’hypermarchés, le soin de se mettre en position de
se définir et non pas en position de survivre. Il est loin le temps où
la prospective laissait 15 à 30 années devant soit pour l’industrie
automobile et la distribution alimentaire. C’était dans les années 90.
La distribution a été protégée par les lois Galland et Raffarin,
l’automobile par un pétrole peu cher. Le réveil est aujourd’hui brutal.
Et Louis Schweitzer peut se réjoui d’avoir imposé la Logan, et les
hyper peuvent regretter de ne pas avoir compris les hard-discounters
Aldi et Lidl … Car nous en sommes bien là : le temps de survivre est
passé, nous en sommes au temps de se définir … ou disparaître comme ont
disparu le maréchal-ferrant et les épiciers en blouse grise …
Philippe Cahen Conseil en prospective"
edité par Henri
Commentaires